14.10.2008

Romane

Romane est née le 2 octobre dernier, un an et demie après notre retour de voyage.
Elle mesure 52 cm et pèse 3,4 kg.
Elle aura droit, elle aussi, à son tour du monde.

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29.03.2007

Lille, des racines et des ailes

Bonjour à tous,

Nous voici de retour dans notre belle ville de Lille.

Il nous aura fallu près de trois semaines pour organiser le retour de Flower en France. On nous avait prévenu que les douaniers brésiliens étaient peut-être les pires au monde. Un titre qui reste pourtant difficile à conquérir, tant la concurrence est rude. Mais force est de constater que le Brésil possède une culture administrative qui, associée à une bonne dose de corruption, propose un mélange détonnant au voyageur avide de choses simples. Nous avons ainsi dû répertorier chaque bagage laissé à l'intérieur du véhicule (du nombre de paires de chaussettes au nombre de guides de voyage). A titre de comparaison, nous n'avions pas informé les douaniers indiens que la voiture n'était pas vide au moment de son départ vers l'Amérique du sud. Après avoir râlé quelques instants, ils nous avaient finalement laissés partir.
Enfin, grâce à l'aide très précieuse de Braulio (qu'il en soit vivement remercié), Flower est désormais enfermée dans son container, prête à partir, après nous avoir porté durant 52 654 km autour du monde. Elle devrait quitter le port d'Itajai le 30 mars et rejoindre Anvers le 20 avril. Nous y testerons alors le sens de l'humour des douaniers belges.

D'Itajai, 1 100km et 16h de bus nous séparent encore de Rio de Janeiro. Nous les avalons en une grosse nuit et rejoignons la Cidade maravilhosa au petit matin, ce samedi 24 mars. En deux jours, nous découvrons le Cristo redentor du haut de son Corcovado, le pain de sucre, les plages de Copacabana (qui tire son nom d'un certain village bolivien sur le lac Titicaca, voir récit antérieur) et d'Ipanema et les créatures qui les peuplent et enfin le stade du Maracana. En discutant avec Alexandre, notre chauffeur de taxi, nous apprenons que s'y déroule, ce dimanche, un derby de haute renommée, Vasco-Flamango. Supporter de Flamengo, il n'imagine pas un instant perdre ce match et voir le 1000e but de Romario, revenu à 41 ans dans son club de toujours, Vasco da Gama. Je lui propose de nous accompagner au match, il accepte avec plaisir. A 17h, nous approchons du stade mythique où, un certain jour noir de 1950, le Brésil a perdu la finale de sa coupe du monde face à l'Uruguay, devant plus de 200 000 personnes, record qui ne sera probablement jamais battu. L'ambiance aux abords du stade fleure bon la braderie de Lille. Les effluves de gaz lacrymogène nous rappellent qu'il s'agit de football. Alexandre m'oblige à tenir Emilie. Il nous interdit d'aller seuls aux toilettes, trop dangereux. La bière coule à flots, même dans le stade. Ce dernier n'est pas plein, malgré une affiche qui passionne un pays entier. Alexandre m'explique que nous sommes le 25e jour du mois et, à cette date, les Brésiliens n'ont plus suffisamment d'argent pour acheter une place. La passion et la ferveur des supporters assurent pourtant une ambiance électrique, digne d'un si beau stade. A 10 minutes de la fin, Vasco mène 3-0 et Romario a inscrit son 999e but. Alexandre est dépité. Il nous fait sortir du stade. La fin de match sera houleuse, nous annonce-t-il. Lundi matin, en effet, nous découvrons dans les journaux les affrontements de la veille.

Lundi 26 mars, nous quittons le Brésil. Arrivée à Londres le 27 mars au petit matin. Nous profitons de deux jours printanniers pour revenir à la réalité européenne. Tout va très vite à Londres, on l'avait déjà oublié.

En rentrant chez Jean-Paul, le père d'Emilie, nous découvrons une maison entièrement redécorée aux couleurs de notre voyage. Merci à nos parents pour ce beau cadeau qui nous offre un aterrissage en douceur. Merci à ceux qui nous ont écrit, conseillé, encouragé, félicité ou simplement suivi.

Entre ces lignes, Emilie a eu le temps de me dire oui.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

E&JF

09.03.2007

Puerto Iguazú, cerise sur le gâteau argentin, km 50 635

Ushuaia-Iguazú, c’est le grand écart argentin. Il s’agit tout simplement des deux points les plus éloignés du 8e plus grand pays au monde. L’atlas indique 4329 km entre les deux villes. Nous en aurons parcouru près de 9000 au final. Ushuaia, à quelques encablures du cercle polaire antartique et Iguazú, à deux pas du tropique du capricorne, symbolisent la diversité d’un pays grandiose que nous découvrons depuis plus de deux mois (avec quelques intermèdes chiliens). Pingouins contre crocodiles, glaciers contre forêts tropicales, bonnet contre maillot de bain: tout s’oppose entre les deux extrêmes.

Si, pour les Français, Ushuaia et la Patagonie sont personnifiées par Nicolas Hulot et Florent Pagny, ces terres arides et inhospitalières représentent bien plus aux yeux des Argentins. Entre les Chiliens, d’une part, et les Anglais (Malouines), d’autre part, les Argentins ont du batailler ferme pour asseoir leurs positions sur ces terres du sud. Dans les années 1980, seules les armes de la Dame de Fer et l’autorité papale (face au Chili) ont su mettre un terme aux conflits plus ou moins latents entre l’Argentine et ses voisins. Aujourd’hui, les tensions sont retombées mais de très nombreux panneaux rappellent, qu’aux yeux des Argentins, “las Malvinas son Argentinas”.

La rivalité chileno-argentine se manifeste sur chaque détail: le Chili conteste à Ushuaia le titre de ville la plus méridionale du monde sous pretexte qu'un hameau, peuplé de quelques âmes, se situe en terre chilienne au sud d'Ushuaia. Soit. Au delà de toute polémique, c'est sur l'aéroport le plus au sud du monde habité que nous attendons ce 27 janvier Chantal et Jacques, partis de France 32 heures plus tôt. L'avion se pose avec deux heures de retard mais nous voici partis pour trois semaines de vacances à quatre. Pour la première fois depuis Jimmy et notre périple chinois du mois de juin, Flower accueille des passagers autres que les auto-stoppeurs autochtones que nous invitons parfois à se joindre à nous.

La visite d'Ushuaia et de ses environs ne révèlent rien d'extraordinaire. Un joli parc national où il fait bon se balader, un glacier qui n'en porte que le nom et quelques jolies vues sur le canal Beagle permettent à la troupe d'entamer les réjouissances en douceur. Le départ d'Ushuaia confirme nos doutes: nous ne rentrons pas à quatre avec les bagages dans Flower. Nous prenons ainsi la direction du vendeur d'accessoires qui nous installe en peu de temps une jolie galerie pour la plus grande fierté de Flower.

Si la terre de feu semble relativement petite à l'échelle de l'Amérique du sud, il faut tout de même parcourir 450 km depuis Ushuaia pour rejoindre le continent. De là, il ne reste "plus" que 550 km pour atteindre la parc national Torres del Paine, au Chili. Sur la carte, on a pourtant l'impression frustrante que les deux points se cotoient. Entre les deux, la steppe patagone nous offre ce qu'elle a de plus sauvage: les guanacos (cousins des lamas), les ñandus (cousines des autruches), les flamants roses et mêmes quelques condors. Près de Punta Arenas, nous découvrons une colonie de pingouins de Magellan qui s'affairent à leurs activités quotidiennes pour notre plus grand bonheur.

Arrivés à Torres del Paine, nous abandonnons Flower, chargeons les sacs et entamons une randonnée de deux jours, en direction des fameuses tours. Après une montée progressive de quelques heures, nous attaquons la dernière côte, plus ardue, et découvrons enfin le panorama promis: les trois tours s'élèvent devant nous, majestueuses. Au loin, les condors profitent des courants ascendants, narguant les deux alpinistes qui bivouaquent au milieu de la paroi effrayante. Nous passons la nuit au refugio chileno, pour le prix d'une nuit au Hyatt -arnaque touristique oblige- et redescendons le lendemain juste avant l'orage. Flower nous mène alors à l'autre extremité du parc où nous embarquons cette fois pour une traversée du lago Grey, en direction du glacier du même nom, situé 17 km plus au nord. Le temps change toutes les trente secondes, ce qui nous permet de découvrir le glacier sous une palette de couleurs très étendue. Le soleil remporte la palme: des reflets d'un bleu intense s'échappent des profondeurs glaciaires.

Nous quittons alors le Chili et ses habitants à l'humour germanique et à la convivialité chinoise, ses arnaques touristiques dignes de Portofino au mois d'août, son sens de l'accueil qu'on n'avait connu jusqu'alors qu'en Belgique flamande, ses douaniers à l'Américaine ou à l'Australienne -c'est selon- qui ont poussé le zèle jusqu'à nous confisquer un bâton de marche en bois. Bref, si certains paysages chiliens resteront gravés très longtemps dans nos mémoires, nous ne garderons pas un souvenir impérissable du peuple chilien qui, à l'inverse des Argentins, ne se soucie guère de l'image qu'il renvoie à ses hôtes d'un jour (critique qu'on doit souvent proférer outre-hexagone à l'égard des Français, par ailleurs). L'entrée en Argentine nous rend le sourire, comme les trois fois précédentes, et les discussions avec les douaniers se terminent en blagues sur le mariage.

Près d'El Calafate, nous découvrons un deuxième glacier d'envergure: le Perito Moreno. Célèbre dans le monde entier, le glacier, haut de 60 mètres, se jette dans le plus grand lac du pays: le lago Argentino. De temps à autre, des pans de glace se détachent et terminent leur course dans le lac en un fracas assourdissant. La beauté et la grandeur du Perito Moreno ne sont pas usurpées. La vue d'ensemble nous permet d'observer une véritable mer de glace, presqu'à perte de vue, tandis que face aux parois de glace, sur les passerelles, on acorde un sens très concrêt à la métaphore de la force de la nature.

Plus au nord, nous avons rendez-vous avec le Fitz Roy. Lionel Teray, qui a participé en 1950 à l'épopée mythique sur l'Anapurna aux côtés de Maurice Herzog, a été le premier à gravir cette montagne en 1962. Depuis, au cours des années 1980, au moment où l'avenir drapeutique de ces terres se jouait, l'Argentine s'est empressée d'ériger un village, El Chalten, afin de s'approprier définitivement la montagne. Le hameau s'est depuis bien développé mais le cimetière ne compte toujours pas de résident à long terme. Une balade de huit heures nous amène aux pieds de la montagne. Malgré une dernière côte digne d'une arrivée à l'Alpe d'Huez, le quatuor s'enorgueillit d'avoir fait preuve de pugnacité et de ténacité: "superbe" (Chantal), "de toute beauté" (Jacques), "c'est vrai que c'est quand même pas mal" (Emilie). La troupe, fourbue mais heureuse, rejoint alors son chalet en contrebas en rangs dispersés.

Les deux jours suivants mettent en exergue la grande vaillance de Flower, qui se joue de tous les pièges dressés par la ruta cuarenta et nous mène sains et saufs au coeur de la région des lacs. Entre temps, Chantal et son appareil photo ont poursuivi un tatto en l'épuisant jusqu'à son souffle ultime. Mais le jeu en valut la chandelle: la photo se révéla bien cadrée.

La dernière partie du voyage à quatre nous offre un regain de chaleur: la température avoisine désormais les trente degrés. C'est donc en tongs que nous découvrons une myriade de lacs et de forêts. Si ces paysages ne se distinguent guère de ceux qu'on rencontre par chez nous, c'est dans leur immensité sauvage qu'ils se singularisent. Aucune trace de l'homme n'y est visible sur des milliers d'hectares.

Le 16 février se profile et il est temps, pour Chantal et Jacques, de retrouver l'hiver français. Le voyage de retour (deux heures de retard, pas de bagages à l'arrivée) sera dans la lignée du voyage aller, la perspective de rejoindre deux grands aventuriers en moins.

Pour nous, le voyage reprend son cours. Flower met un peu de temps à se réadapter: elle s'arrête encore toutes les deux minutes croyant que quelqu'un doit descendre prendre une photo. Nous poursuivons la route 40, vers Mendoza. Nous visitons ensuite Córdoba et Rosario, deux villes à l'architecture coloniale bien preservée et filons alors vers le nord-est, ses missions jésuites et ses chutes. Nous approchons des tropiques et l'humidité devient pesante, plus encore que la chaleur.

Après avoir visité San Ignacio Mini, la plus grande des missions jésuites datant du XVIIe siècle, nous parcourons les derniers kilomètres qui nous séparent de Puerto Iguazú. Nous sommes doublement "chanceux" à notre arrivée près des chutes. Les jours précédents (nous en avons suffisamment souffert en voiture), des pluies diluviennes se sont abattues sur la région. Des villages entiers ont été évacués. De ce fait, les chutes ont vu leur débit s'accroître de manière spectaculaire, obligeant les responsables du parc à fermer certains sites. D'autre part, la tempête tropicale étant passée, il fait un temps magnifique tout au long des trois jours que nous passons dans le parc. Seul bémol, la température atteint 44 degrés.

Il ne nous reste plus qu'à vous confirmer que les chutes d'Iguazú méritent leur qualificatif de merveille du monde. Au delà de la grandeur des chutes, l'environnement -des milliers de papillons, une forêt tropicale dense, des arcs-en-ciel à foison, des crocodiles qui se fondent dans les eaux incertaines du fleuve- sublime ce coin de terre magnifique que des milliers de touristes ne parviennent pas à entamer. Il faut visiter les chutes des deux côtés de la frontière. En Argentine, on en mesure mieux la puissance (13 000 mètres cubes à la seconde) alors qu'au Brésil, grâce à une vue plus panoramique, on en découvre la grandeur et la majesté.

Nous avons désormais franchi notre dernière frontière terrestre. Au cours de ces dernières semaines, nous allons organiser le retour de Flower en France, profiter des eaux cristallines et des plages de sable blanc du sud du Brésil et visiter Rio de Janeiro, point final de notre excursion autour du monde.

A bientôt,
E&JF